Les jeunes mariées et leurs parents ont raconté, encore et encore, la même histoire. Chaque année, les températures augmentent. Chaque année, les pluies sont moins prévisibles. Lorsqu’elles sont tardives, les récoltes sont mauvaises. Lorsqu’elles sont excessives, les inondations balaient des hectares entiers de terres agricoles.
Chaque année, les poissons se font plus rares dans les rivières et la mer. Chaque année, les familles s’appauvrissent. Et il ne semble rester qu’une seule solution. Les filles doivent quitter leur foyer et se marier afin que le reste de la famille survive. Parfois, les gamines prennent elles-mêmes cette décision, aspirant à une vie meilleure. Parfois, ce sont les parents qui les poussent à le faire, puisqu’une fille qui se marie, c’est une bouche en moins à nourrir.
Dans les villages, un mariage entre deux enfants provenant de familles pauvres se matérialise généralement par un simple accord informel plutôt que par une somptueuse cérémonie officielle. L’homme demande la main de la fille, le père accepte, une sorte de transaction financière a lieu et le mariage est consommé. Neuf mois plus tard, la gamine devient mère et se retrouve confrontée, à son tour, à la pauvreté.
Les chiffres sont alarmants. Rien qu’au Malawi, on estime que 1,5 million de filles risquent de se marier à cause du changement climatique. S’il s’avère que ce phénomène touche également d’autres pays au profil similaire, l’enquête aura démontré que la pratique des mariages précoces n’est pas près de disparaître. Au contraire. Quiconque se demande à quoi ressemble le changement climatique n’a qu’à tendre l’oreille aux histoires des “Epouses du soleil”.